vendredi, septembre 16, 2005

Syndicats et boycott culturel

Selon les dernières nouvelles, il semblerait que les syndicats québécois reliés à l’éducation abandonneraient dès la semaine prochaine le boycott des activités scolaires culturelles. Question : doit-on appuyer la campagne syndicale de cet automne ? Réponse : oui. Question : Est-ce qu’il faut appuyer le boycott des activités culturelles ? Réponse : je crois que non. Si les syndicats présument qu’en posant de tels gestes, ils frappent « là où ça fait le plus mal », ils se trompent. Parce que le refus de s’intéresser aux arts ne fait pas très mal à grand monde. La culture fait faire de l’argent, l’art se fait rare. Fleuron de l'industrie culturelle, Spectra se porte bien. Par ailleurs, si on brûlait tout Proust, le monde serait le même. PFK livrerait encore du poulet avec la même célérité. La bagnole de Guy A. Lepage roulerait encore. Alors, il faudrait mettre fin à cet argument qui tourne autour de l’idée de service essentiel associée à la culture. Qu’on défende un principe. Les syndicats ne peuvent pas prétendre qu’ils frappent « là où ça fait plus mal ». Ils tapent dans un ventre creux. Et apparaissent comme les partenaires de la démagogie et de la banalisation de l’absence de savoir.

dimanche, septembre 04, 2005

L'Écran animé à Télé-Québec

Bonne nouvelle : Télé-Québec remet à son antenne la série L'Écran animé sur l'animation d'auteur. Animée par Élise Guilbault (période pré-Neuvaine) et tournée à la Cinémathèque québécoise, l'émission propose un parcours d'oeuvres marquantes à travers les collections de l'ONF et la production internationale récente. Chaque programme s'articule autour d'un thème (hier, c'était l'approche chorégraphique). Les heures de diffusion sont un peu incongrues (les samedis 14 h 30 et les lundis vers 0 h 30, sans qu'on sache s'il s'agit du 0 h 30 du matin ou du 0 h 30 de la journée suivante...), mais l'initiative mérite d'être soulignée, ne serait-ce que dans un modeste blogue.

Hier, j'ai attrapé l'émission au hasard de quelques coups de zapette. Je suis tombé sur Pas de deux, du grand Norman McLaren. Sensuel, délicat, méditatif, ce film de 1967 n'a pas pris une ride. Je le réécoute chaque fois avec autant d'attention que d'émotion.

Si vous écoutez l'émission chaque semaine et assistez aux programmes d'animation à la Cinémathèque, vous deviendrez un érudit à Noël et pourrez ainsi impressionner la famille.

samedi, septembre 03, 2005

Georges Schwizgebel, des peintures animées

Voici une critique du dernier bouquin de l'ami Olivier Cotte que j'ai écrite pour le numéro courant (123) de 24 images.

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Georges Schwizgebel, des peintures animées
par Olivier Cotte
Genève, Éditions Heuwinkel, 2004, 208 p.

Dans un bref passage de ce livre d’entretiens, le cinéaste d’animation suisse Georges Schwizgebel raconte sa fascination pour les graphies étrangères. Lors de ses voyages en Orient, évoque-t-il, il collectionnait les journaux sans même en comprendre le contenu, faisant simplement remarquer que « l’écriture changeait dans chaque État ». Bien que cette anecdote n’occupe que quelques lignes, elle peut servir d’exemple pour illustrer à la fois la fascination qu’exerce les film de Schwizgebel et la difficulté qu’éprouvent les spectateurs à verbaliser ce qu’ils ont vu. En effet, dès les premières secondes, on reconnaît un film de Schwizgebel tout comme on reconnaît au premier coup d’œil une écriture arabe ou chinoise. Cela explique peut-être pourquoi ses films, pourtant acclamés dans les festivals d’animation, restent à ce jour peu analysés. Spectaculaire, élégant et enlevant, le cinéma de Schwizgebel, bien qu’entièrement figuratif, emprunte au graphisme et à la peinture, s’abreuve de musique et de danse ; rares sont ses films qui suivent un fil narratif traditionnel.
Pour cette première grande incursion dans l’art du réalisateur genevois, l’auteur Olivier Cotte choisit de laisser parler celui-ci. Il écrit : « L’histoire est constituée de faits [...]. Il ne peut conséquemment être question de procéder à l’étude d’une œuvre sans laisser parler l’artiste qui, malgré son manque évident de recul (et sa timidité), est le seul à pouvoir offrir les informations véritables et donner l’opportunité de parfaire les lectures de son travail. » La décision paraît justifiée : le réalisateur s’exprime posément, exposant ses méthodes de travail pour chacun de ses films, évoquant le contexte de production, sa collaboration avec d’autres artistes, nommant ses principales influences en peinture et en musique. Ceux qui le connaissent savent que cet homme d’un talent fou répond avec une simplicité déconcertante aux questions les plus fouillées ; or, Cotte possède une solide connaissance de l’art de Schwizgebel - il ne mène pas cet entretien à l’aveugle -, pouvant ainsi guider le cinéaste vers des aspects pertinents et révélateurs de son travail (la rotoscopie, la géométrie, les métamorphoses, les mouvements en boucles, les jeux oulipiens de contrainte, etc.), se permettant par ailleurs de commenter ses propos pour les enrichir.
À ces entretiens s’ajoutent une biographie, une filmographie complète et un glossaire. L’iconographie comprend des reproductions de croquis de travail, de photogrammes et d’affiches dessinées par Schwizgebel pour des événements culturels et des causes politiques. Soulignons que cet ouvrage trilingue (français, anglais et allemand) est distribué au Québec par la librairie Olivieri et que l’ONF, coproducteur de L’Homme sans ombre (son plus récent film), a de son côté édité un DVD de qualité réunissant les œuvres de l’artiste. L’un ne saurait être vu (et lu) sans l’autre.

Bonjour

J'arrive aujourd'hui dans le monde des blogues. Que se passera-t-il ? L'avenir nous le dira.